Retour a la page principale...
Liste des articles

Le SEPRA, civil ou militaire ?




par Eric Julien

SEPRA : Service d’Expertise des Phénomènes Rares Aérospatiaux.

Un audit du SEPRA, service chargé au sein du CNES d’étudier les OVNI, a été réalisé par la société Fleximage (sic) en novembre 2001. En dépit de sa relative ancienneté, le document OFFICIEL et CONFIDENTIEL auquel nous avons eu accès est d’une brûlante actualité.

Qu’est-ce qu’un audit ? C’est un rapport commandé par un organisme , public ou privé, auprès d’un tiers réputé impartial. Il vise à évaluer une activité et à formuler des recommandations sur la conduite à tenir pour l’avenir de ladite activité.

 

 



commande n°2/01/CNES/0051
 

 

Voici les tâches du SEPRA : collecte des témoignages (20 à 50 PV/an) ; enquêtes (1 à 2 par an) ; base de données (contrat externe) ; cours et conférences (Aviation Civile, Gendarmerie) ; suivi de l’actualité ; rapports avec le public (appels entrants) ; tâches annexes, pour un nombre d’équivalents plein temps de 1,5. La trentaine de graphiques de l’audit, fournie par le SEPRA, témoigne de son activité et de la réalité incontestable d’un phénomène énigmatique pour la science. On s’étonnera toutefois de l’écart entre cette institution famélique et le secteur privé dont certaines associations ufologiques comptent plusieurs centaines de personnes pour le même type d’activité ! L’efficacité de ces dernières ne souffre donc pas la comparaison. La différence ? L’estampille de l’Etat ! Mais qui dans l’Etat ?

Les seules relations techniques entre le SEPRA et les services internes du CNES (demandes de données) portent sur l’orbitographie et les ballons (20/an).

La trentaine de graphiques de l’audit, fournie par le SEPRA, témoigne de son activité et de la réalité d’un phénomène énigmatique pour la science.

Allons directement aux conclusions de François Louange, directeur de Fleximage. La première d’entre elles est la poursuite et le développement de l’activité du SEPRA pour des raisons « scientifiques » et « civiques ». Cela s’apparente de prime abord à une excellente nouvelle pour l’esprit de connaissance qui doit prévaloir dans une démocratie.

Puis viennent le choix entre une option interne au CNES et une forme de Fondation ; le lien fort de ce service au sein du CNES quelle que soit l’option choisie ; la restitution de l’acronyme GEPAN pour le désigner ; les missions de guichet et d’analyse ; des moyens accrus ; la mise en place d’un comité de pilotage ; une meilleure communication avec le public et, enfin, l’élargissement de cette activité à une dimension européenne. Voilà pour l’essentiel. Cela ressemble à une liste de courses avant d’aller faire son marché.

Il faut pourtant avoir connu l’expérience d’une entreprise publique pour décrypter ce document pour le moins révélateur de l’état d’esprit qui prévaut dans le microcosme de l’ufologie officielle française. Plus qu’un état d’esprit, il s’agit d’une orientation stratégique.

Le rapport se décompose en quatre parties : « situation actuelle », « arguments et opinions », « recommandations » et « annexe ».

Cette dernière est une liste de comptes-rendus d’entretiens de trente-trois personnalités donnant leur avis sur le problème OVNI et l’activité du SEPRA, avis qui feront l’objet d’un résumé dans la seconde partie, et sur lesquels, par définition, s’appuie l’audit. Sur ses cent cinquante pages, la partie utile ne représente que trente pour cent, dont la synthèse des opinions en quatre pages.

Ce qui frappe est la sélection opérée. François Louange nous dit «qu’une trentaine de personnalités ont été contactées en France (…) L’objectif de ces entretiens était de recueillir de façon neutre l’opinion de chacun sur le sujet, tant sur le fond (intérêt d’étudier les témoignages de PAN) que sur la forme (rôle du CNES et organisation du travail), en recherchant la plus grande diversité d’opinions représentatives ».

Le public, qui paye ses impôts et qui finance le CNES, donc le SEPRA, surtout si son budget doit croître, ne semble pas « concerné de près ou de loin par la problématique des OVNI », à part de fournir les informations testimoniales dont vit précisément le SEPRA.

Voyons en effet comment la représentativité et la neutralité annoncées s’articulent :

- Armées : 12 soit 36 %

- CNES : 10 soit 30%

- Centres de recherche : 4 soit 12 %

- Médias : 4 soit 12%

- Autres institutions : 2 soit 7%

- Société civile : 1 soit 3%.

Nous avons classé chez les militaires trois membres du CNES (hors des dix) dont le rôle relève de la Défense Nationale. De plus, le cabinet militaire de Matignon fait partie des douze représentants « Défense Nationale ».

Outre les militaires, le lecteur pourrait s’étonner de la place (30%) qu’occupe le CNES dans son propre audit alors que la maigre fourniture de données en interne ne le justifie pas ! Rappelons que le CNES a une orientation plus technique que scientifique, ce que nécessite pourtant la compréhension du plus grand mystère de tous les temps.

Dans les « centres de recherche », nous trouvons trois membres du CNRS et un du CEA. C’est en effet une « certaine » vision de la représentativité du monde scientifique. D’autant que, sur ces quatre personnalités, deux sont au top de la hiérarchie… administrative ! Mais où sont les vrais chercheurs ?

Dans les médias, sur les quatre interviewés, nous trouvons trois personnalités du paysage télévisuel français (TF1, France 2, France 3), autrement dit des gens très motivés par le phénomène OVNI à en croire la pléthore d’émissions sur le sujet. Les choses peuvent bien entendu toujours changer. L’autre journaliste est d’un grand quotidien, section science et médecine. Il serait très rapide d’y compter le nombre d’articles traitant des OVNI en dehors de l’écho de cet audit.

Les deux autres organismes d’Etat sont par définition soumis au devoir de réserve.

Vous vous demandez « mais quel est donc LE représentant de la société civile s’exprimant au nom des soixante millions de français ? ». Probablement un contrepoids efficace face à cette bureaucratie. Il s’agit d’un Député-Maire, celui d’une localité de douze mille habitants, proche du pôle toulousain du CNES : Ramonville Saint-Agne !

Mais quel est donc LE représentant de la société civile s’exprimant au nom des soixante millions de français ?

A la décharge de Fleximage, cette commune, au nom romantique, est tout à fait charmante. Mais est-elle représentative ?

Néanmoins, François Louange nous rassure : « l’étude statistique de ces opinions n’aurait aucune valeur de représentativité (sic), mais il est toutefois possible de résumer les tendances dominantes recueillies…». Cet aveu de contradiction se suffit à lui-même.

Nous allons poursuivre l’analyse de cet audit en gardant à l’esprit le but sous-tendu du commanditaire (direction générale du CNES) : « cette revue d’arguments, en faveur ou en défaveur de la poursuite de l’activité du SEPRA et de son éventuelle réorientation, repose principalement sur une série d’entretiens avec des personnalités françaises représentatives de toutes les tendances. ». Cette façon d’insister sur la représentativité des interviewés a quelque chose d’indécent car, rappelons-le, il s’agit d’un document confidentiel mais issu d’un service public ! Il révèle le double langage qui s’illustrera tout au long de sa lecture. Des mots sans des actes forts…En réalité, l’audit est un remarquable travail d’équilibriste. Balancé entre la volonté louable de sauver ce qui peut l’être (la communication avec le public) et ne pas froisser la gente militaire et hiérarchique du CNES, l’auditeur s’emploie avec justesse à appuyer là où ça fait mal.

On ne peut lui attribuer la liste des « représentants » décrite au-dessus car celle-ci vient probablement de la Direction Générale, elle-même peut-être « conseillée » par Matignon. Faisons remarquer que l’audit a été suivi de quelques faits, ce qui constitue une belle justification des efforts de François Louange. La série de mesurettes ci-dessous semble coïncider avec les deux ans que devait prendre la saisie des 3000 dossiers restants non encore informatisées fin 2001.

 

Cet audit semble donc être le plan de vol du futur SEPRA

 

En effet, parmi ses conclusions détaillées, l’une d’elles recommande de rattacher le SEPRA à la Direction : « il serait plus logique de le placer, sur le plan hiérarchique, directement sous la responsabilité d’une direction du siège, à condition que celle-ci se montre ouverte et motivée ». Ce qui fut fait courant 2004. Un magazine réputé à vocation scientifique, s’occupant de ciel et d’espace, et qui avait crié sur les toits la mort du SEPRA avec une satisfaction non déguisée n’avait visiblement pas les bonnes informations du Centre National d’Etudes Spatiales ! Un comble ou un désaveu ?

L’autre signe « encourageant » est la création d’un comité de pilotage d’une dizaine de personnes dont la composition se doit d’être suffisamment éclectique, et, ce, conformé-ment à l’audit. Il y a quelques mois, Arnaud Benedetti, directeur de la communication du CNES, annonce en effet la création d’un tel comité, restant sous le contrôle de la DG du CNES. Cet audit semble donc être le plan de vol du futur SEPRA. Où mènera sa navigation ?

La question est de savoir si l’attitude du CNES va radicalement changer dans son ouverture aux autres. Révélons des faits.

Le rapport précise qu’une lettre officielle de l’ambassade d’URSS est parvenue au CNES en février 1983 après que le GEPAN l’ait sollicitée. L’Académie des sciences d’URSS confirma son engagement avancé dans des études sur les OVNI. « Cette réponse invitait la France, si elle le désirait, à coopérer sur ce sujet, en désignant l’organisme soviétique concerné et le correspondant à contacter : l’institut IZMIRAN et M. Migouline. Cette proposition n’a jamais eu de suite du côté du CNES. » Timidité ou stratégie ?

Mais à propos, que fait l’Académie des Sciences en France vingt ans après son homologue ? Les savants russes sont-ils victimes d’une influence hallucinatoire majeure ?

Côté européen, c’est en 1992 que le parlementaire européen belge M. di Rupo déposa une proposition de résolution  (B3-1990/90) « visant la création d’un « Centre européen d’observation des OVNI » qui s’appuierait sur les compétences déjà acquises par le SEPRA en France. Ce projet est toujours officiellement en suspens. » …treize ans plus tard !

En Amérique du sud, lors d’une rencontre en 1998 sur les PAN entre le SEPRA et le très officiel Comité de Estudios de Fenomenos Aéréos Anomalos au Chili,  « le président du CEFAA a adressé officiellement au CNES une demande visant à l’établissement d’un accord de coopération entre le CEFAA et le SEPRA. Cette demande n’a pas eu de suite positive à ce jour. » Encore une ?

Quant aux USA, François Louange résume un point de vue pour le moins curieux : « sur un plan officiel, nous laisserons de côté les possibles (probables) implications de services de renseignement de certains pays (notamment des Etats-Unis), dont l’activité est, par définition, couverte par le secret. Il n’y a aucune information utile à attendre de ce côté-là… ». Chacun imagine que, s’il y a secrets, c’est précisément parce qu’il y a des informations utiles à glaner !

Vers qui cette ouverture aux autres a-t-elle une chance d’aboutir ? L’introduction de l’audit semble donner une piste : « l’étude des PAN, depuis une cinquantaine d’années, fait presque exclusivement l’objet d’initiatives privées : individus, groupes, associations, etc. ». Les ufologues sérieux et organisés auraient-ils une chance de collaborer avec le SEPRA dans sa version mise à jour ?

A la vérité, François Louange n’a de cesse de rappeler le caractère régalien de la mission du SEPRA en opposition avec « l’ufologie amateur » qui regarde pourtant le CNES avec des yeux énamourés. L’analyse du texte répond en fait à cette question lancinante que se posent les ufologues : le SEPRA survivra-t-il ? La réponse est oui, un grand oui ! Les faits ci-dessus le démontrent. Mais plus que ces faits, ce sont les intentions souterraines qui comptent : « la quasi-totalité des intervenants (y compris les 36% « Armées ») rejette fermement l’hypothèse de confier la mission du SEPRA à la Défense Nationale, même s’ils reconnaissent tous qu’elle est concernée par le problème. Le motif principal est la difficulté insurmontable que cela créerait sur le plan de la communication, en raison de la gestion du secret par les militaires et, symétriquement, de la méfiance du public et des médias ». Ainsi, les interviewés ne rejettent pas le rôle des militaires pour des raisons d’éthique mais parce que l’Etat se méfie de ses administrés !

Ainsi, traduit en des termes accessibles, « si l’on veut que le public continue d’alimenter notre base de données via la Gendarmerie, le SEPRA doit être officiellement public mais officieusement contrôlé par les militaires ». Autrement dit, tout n’est qu’une affaire de communication pour soutirer de l’information du public dans les rapports de Gendarmerie, eux-mêmes militaires. Rien sur la justification scientifique proprement dite ! Ce n’est du reste pas l’objet immédiat du SEPRA puisque François Louange indique que, des trois fonctions initiales (guichet, analyse et recherche), seules demeureront les deux premières. A d’autres le soin de la Recherche et du Développement.

Mais qui ?

Fleximage affirme haut et fort que le SEPRA doit retrouver sa capacité de communication. C’est essentiel ! Soit.

Qu’obtiendra le public en retour de sa docilité au confessionnal gendarmesque ? L’audit l’explique clairement : « le service général de la COM du CNES doit disposer de réponses toutes prêtes pour faire face aux questions sur les PAN, en renvoyant selon les cas vers une publication ou le site internet du SEPRA (...) régulièrement mis à jour et fournissant un accès partiel à la base de données. »

Le service général de la COM du CNES doit disposer de réponses toutes prêtes pour faire face aux questions sur les PAN…

Le SEPRA est aussi censé éditer des documents techniques et les mettre à la disposition du public. Bref, de communiquer un peu plus qu’aujourd’hui. Il faut dire que le nombre de PV enregistrés s’est effondré. Problème de confiance à résoudre ?

Ajoutons « qu’en cas d’évènement exceptionnel, provoquant un afflux inhabituel de demandes sur les PAN, la procédure d’urgence du service général de la COM du CNES pourra être actionnée, dans la mesure du possible, en étroite collaboration avec le SEPRA et ses laboratoires et experts associés. ».

Il n’y aura probablement jamais plus de vagues d’OVNI en France mais des pluies de météorites ou de station MIR. Quoiqu’il en soit, « des interviews bien préparées permettront, le cas échéant, de diffuser sur les médias audiovisuels un message clair et unique allant dans le même sens » car il est évident « qu’à partir du moment où la décision sera prise de maintenir le SEPRA ou de le renforcer, suivant les recommandations de cet audit (…) le discours sur les PAN vers l’extérieur du CNES devra être clair et unique ».

De quel discours clair et unique parle-t-on ? Celui qui justifie la survie du SEPRA, c’est-à-dire les raisons « scientifiques » et « civiques » selon la puissance publique !

Ainsi, « …le rôle fondamental de la science est de chercher à comprendre les observables sans aucun a priori. Ces intervenants soulignent néanmoins que l’enjeu ne saurait justifier des investissements trop importants, dans l’état actuel des connaissances sur le sujet ». Qui décide de l’enjeu ? Entre Recherche Scientifique et Défense Nationale, qui possède le plus gros budget ?

L'intérêt scientifique des statistiques se situe dans les corrélations entre plusieurs facteurs. Elles démontrent une hypothèse...démonstration jamais communiquées au public ! Mais le directeur du SEPRA nous l'avait dit : "nous ne pouvons pas encore en faire état. Les résultats sont très cohérents".

Cohérent en effet avec "le devoir de l'Etat de fournir des réponses officielles aux interrogations du public et des médias au sujet des PAN, en évitant ainsi de laisser le champ entièrement libre aux irrationnels..." D'un côté l'Etat, de l'autre les irrationnels. N'est-ce pas un peu réducteur ? Un indice pour y répondre : départ soudain cet été du chef du SEPRA à la suite de la parution de son livre "ovni, l'évidence". La direction du CNES lui proposa en effet un odieux chantage : comité de pilotage contre démission.

Le rôle du SEPRA est un gage de progrès dans la connaissance à moyen et long terme. Il est donc indispensable qu'il perdure et s'adapte aux attentes...du citoyen pourvoyeur d'informations. Mais une double question transpire dans l'audit...

Qui est au service de qui ? Ou de quoi ?

Eric Julien, septembre 2005





Game Memories
Site de référence sur Zelda et Final Fantasy

LesConjugaisons.com
Toutes les conjugaisons à portée de clic !

 

 

 


Retour a la page principale...
© 2008 extraterrestres.net, Nicolas Cazagou Me contacter.
Google
  Web www.extraterrestres.net