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Dossier les OVNIS
et le Mexique



par François de la Chevalerie

Chapîtres :
1 · Le Mexique, terre de prédilection des ovnis ?
2 - L’affaire du 5 mars 2004

·L’affaire du 5 mars 2004


    Objet d’une large couverture médiatique, l’observation du 5 mars 2004 est un véritable cas d’école. Condensé de tous les dangers guettant l’ufologie, cette affaire pose avec gravité une question difficile : quelle part de vérité accordée à un témoignage donné pour irréfutable ?

L’observation

    Le 5 mars 2004, à environ 17H00, lors d'un vol de surveillance, un Merlin C26A (1) de l’escadron 501 des forces aériennes mexicaines (2) croise au dessus de Ciudad del Carmen (Etat de Campeche) 11 objets volant non identifiés (OVNI). Trois sont détectés par le radar de l'appareil, tous enregistrés à l’aide d’une caméra infrarouge dotée d’un système FLIR (3). La séance d’observation se prolonge pendant trois quarts d'heure. A aucun moment, l'équipage n'observe directement les ovnis.
Evoluant rapidement dans le ciel, exécutant des changements drastiques de direction (4), les objets paraissent voler à une altitude de 3500 m (11 480 pieds), celle poursuivie également par le C26A. Sont relevées des augmentations de vitesse vertigineuses, celles-ci passant de 180 à 540 Km/h, en un laps de secondes.
Selon le commandant de bord, des avions de chasse (5) auraient poursuivi les OVNIS.
Le ministre de la Défense, le général Clemente Ricardo Vega Garcia (6), après avoir écarté toutes confusions possibles (7), contacte, le 20 avril, l'ufologue mexicain, Jaime Maussan (8). Ce dernier reçoit copie des bandes et données enregistrées avec, en outre, la possibilité d’interviewer les membres de l'équipage et ce, sans aucune censure. Le 9 mai 2004, Jaime Maussan annonce, lors d'une émission de télévision, l’observation réalisée par l'armée de l'Air mexicaine.

 

 

Décryptage de l’affaire

    Afin de mieux cerner les contours de l’affaire du 5 mars 2004, le décryptage de l’affaire doit être entrepris à partir de chaque élément porté au dossier.

(1) Le Merlin C26A

    Le Merlin C26A a été conçu pour des procédures de surveillance et de détection. En revanche, ce bimoteur ne participe pas à des manoeuvres d'interception ou de combat. Au Mexique, son rôle est de détecter et d'identifier les avions des trafiquants de drogues pour ensuite en rendre compte à la base. Des avions de combat décollent alors en urgence avec pour mission d'intercepter les contrebandiers.
Le Merlin C26A est armé d'un équipement digital de haute technologie destiné à enregistrer et filmer toutes les activités en vol. Il dispose de détecteurs sensitifs puissants comme le FLIR STAR SAFIRE II (fabriqué par la FLIR Corporation établie à Portland, Oregon) et un RADAR AN/PS 143 BRAVO VICTOR 3.

(2) Les forces ariennes mexicaines

    Sans vouloir mettre en cause la professionnalisation de l’équipage, il faut rappeler que le Mexique dispose de forces militaires aux moyens très limités. Depuis la révolution de 1917, l’armée mexicaine est une force purement symbolique. A cet égard, l’expression galvaudée, « d’armée mexicaine », en référence à une armée abondante en chefs mais pauvre en équipements et effectif est justifiée.

    De surcroît, les forces aériennes mexicaines sont insignifiantes. Sa flotte rassemble des avions de fabrication ancienne dont certains issus des stocks de l’armée américaine datant de la guerre de Corée. Pour tout bras offensif, elle dispose de vieux Tiger F5, la plupart inutilisables. Lors des défilés militaires, notamment, à l’occasion de la célébration « del grito », chaque 16 septembre, l’essentiel du cortège est constitué de charros, littéralement des gardiens de vache au costume richement paré, et d’infinis bataillons d’infirmières ou de travailleurs sociaux.

    Sur le théâtre des opérations, les forces aériennes mexicaines n’ont pas de tradition de combat. Seul engagement tangible du Mexique lors de la seconde mondiale, l’envoi d’une trentaine de pilotes au Philippines.

    Toutefois, depuis la mise en oeuvre du volet « sécurité » des accords de l’ALENA (Accord de libre échange entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique) et en raison d’une forte pression des autorités américaines, le Mexique s’est engagé à acquérir des avions de reconnaissance moderne dont l’objet est de surveiller et de traquer les trafiquants de drogue. L’entrée dans les aéroports américains étant verrouillée, ces derniers empruntent d’autres voies dont beaucoup traversent le vaste territoire mexicain dont la superficie couvre quatre fois celle de la France.

(3) Trois sont détectés par le radar de l'appareil, tous enregistrés à l’aide d’une caméra infrarouge doté d’un système FLIR

   Lors de l’observation, le RADAR AN/PS 143 BRAVO VICTOR 3 a détecté une présence suspecte alors que le FLIR STAR SAFIRE II l’enregistrait à l'infrarouge. Au bout de quelques secondes, deux objets non identifiés étaient détectés. Alors que le Major Magdaleno Jasso rendait compte de l'incident par radio, le FLIR continuait d'enregistrer en infrarouge les mouvements effectués par les objets inconnus lesquels maintenaient leur distance avec le C26. Peu après, neuf nouveaux objets ont été détectés par le RADAR et le FLIR. Les objets inconnus ont alors brusquement effectué une manoeuvre pour se disposer en formation circulaire autour du C26. Aucun contact visuel n'a été rendu possible.
Il est à noter que le système FLIR présent dans l'avion ne disposait pas de radiomètre, lequel est nécessaire pour indiquer la température d'un objet émettant de la chaleur apparaissant sur une image infrarouge. Si l’objet dégage une forte chaleur, il apparaît très brillant.
Un rapport de l'incident a été rédigé par le Major Magdaleno Jasso et les membres de l'équipage du C26A.

(4) Evoluant rapidement dans le ciel, exécutant des changements drastiques de direction


    D'après les informations du radar, les modifications de vitesse de objets inconnus étaient soudains, passant de 60, 120 ou 300 noeuds (111, 222, 555 Km/h). De même, les trajectoires de vol étaient invraisemblables. Les évolutions montraient 90° au départ puis 130° à l'écran radar. Grâce à l'effet Doppler, le radar a la possibilité de mesurer "instantanément" la vitesse d'un objet. Cependant, la mesure n'est prise qu'une fois toutes les 10 secondes (vitesse de rotation du radar). Malgré tout, les changements de vitesse indiqués ci-dessus sortent indéniablement de l'ordinaire. A ce jour, aucun avion « connu » n’est en mesure d’effectuer de tels changements de direction aussi rapidement.

(5) Des avions de chasse auraient poursuivi les OVNIS

    Le pilote du C26, le major Magdaleno Castanon, a expliqué que des avions de chasse auraient poursuivi les OVNIS. Le commentaire surprend compte tenu de la faible capacité des forces aériennes mexicaines. Sont-ce les vieux Tiger F5 dont la plupart sont cloués au sol qui auraient coursé les Ovnis ? Dans l’entretien réalisé par Jaime Maussan, le major n’apporte aucune précision. Peut-être fait-il référence à des F16 ? L’armée mexicaine n’en possédant pas, les avions de chasse porteraient-ils alors la bannière étoilée ? Rien n’est moins sûr, compte tenu de l’absence d’information à ce sujet. Toutefois, une incursion américaine dans l’espace aérien mexicain, ce jour-là, ne peut être exclue (cf. confusions possibles n°7).

(6) Le Ministre de la Défense (Secretaría de Defensa), le général Clemente Ricardo Vega Garcia

    Dans ce genre d’affaire, toutes les vérifications d’usage doivent être entreprises selon un protocole rigoureux : contrôles concordants des radars de la région, images satellites, analyse des données relevées par les ballons météo, cartographie des infrastructures susceptibles de prêter à confusion (torchère, etc.), connaissances d’éventuels exercices de prototypes américains, etc. Méthodiquement rassemblées et confirmées, ces informations doivent être ensuite soumises à une lecture critique de la part de scientifiques afin d’envisager la possibilité de phénomènes naturels. Si à ce stade l’incident demeure toujours inexpliqué, le soupçon peut-être alors émis d’une présence exogène. « Soupçon » seulement car dans ce domaine, aucune affirmation ne peut-être définitive en raison même d’une méconnaissance toujours tenace de certains phénomènes naturels.
S’éloignant de ces nécessaires précautions, après quelques semaines d'enquête, le Ministère de la Défense a confirmé publiquement l'incident lors d’une conférence de presse à l'Hôtel Sevilla Palace, à Mexico City, en autorisant dans le même temps, Jaime Maussan, ufologue connu, d’en divulguer l’information auprès du grand public.
Interrogée sur cette démarche plutôt surprenante, la Secretaría de Defensa a répondu que les experts militaires avaient retenu la piste d’un phénomène inexpliqué. Pourquoi ne pas avoir contacter des scientifiques ? A cette question, le Ministère a déclaré ne pas connaître de scientifique compétent.
Pour certains ufologues, la décision est historique. Elle ouvre la voie à une véritable collaboration entre ufologues et forces militaires. Dans l’absolu, la perspective est prometteuse. Toutefois, dans ce cas, il s’agit d’un dessaisissement pur et simple. Certes la Secretaría de Defensa n’est pas outillée pour procéder à une enquête approfondie mais était-il prudent de s’en remettre à Jaime Maussan, ufologue plutôt controversé ? Certains prétendent que le Ministre aurait agi ainsi afin de se soustraire à d’éventuelles pressions américaines.

(7) Confusions possibles

    D’entrée de jeu, le Ministère de la Défense a écarté toutes confusions possibles, sans apporter aucune explication. Pourtant, les sources d’erreur sont nombreuses. Les hypothèses ne manquent pas.

    Une torchère de plate forme de forage pétrolier ? Nombreuses dans la région, des torchères de plate forme de forage pétrolier, pourraient être à l’origine de l’observation. PEMEX, société d’Etat mexicaine, assure l’exploitation et la gestion de l’intégralité des réserves pétrolières du pays. Sollicitée sur la cartographie des infrastructures dans la région de l’ Etat de Campeche et sa zone maritime attenante (200 miles), Pemex a communiqué toutes pièces utiles en se refusant à toute appréciation sur une éventuelle confusion avec une observation d’Ovni. Selon une tradition bien établie, PEMEX pratique la discrétion, voire la confidentialité. Cette prudence est logique compte tenu des énormes enjeux que représente l’industrie pétrolière au Mexique.

Un avion Top Secret américain ?

    Sauf à se voiler la face, nul n’ignore au Mexique que les prototypes américains, décollant, notamment, à partir des bases d’Edwards (Californie) ou de Nellis (Nevada) s’aventurent régulièrement dans l’espace aérien mexicain. « L’on note à ce sujet un curieux silence, commente un journaliste. Nombre d’hommes politiques dénoncent à grands renforts de formules l’impérialisme de notre redoutable voisin mais jamais ils n’iront dénoncer les multiples incursions de sa flotte aérienne dans le ciel de notre pays. » Des prototypes en tous genres s’y hasardent depuis les avions furtifs le B2 ou le faucon de nuit (Night Hawk F-117) en passant désormais par une large variété de drone (avions sans pilotes). Se bousculent dans le ciel du Mexique beaucoup d’avions non identifiés mais en réalité dûment répertoriés. Comme le Pentagone ne délivre aucune information à ce sujet et que les autorités mexicaines jouent de prudence, l’hypothèse de la présence le 5 mars 2004 d'un escadron d’appareils furtifs américains n’est pas à écarter.
Toutefois, si d’aventure il s’agissait bien d’avions furtifs pourquoi étaient-ils invisibles à l'oeil humain ? Pourquoi ces mouvements rapides, ces changements de trajectoire ? Pourquoi ont-ils sciemment poursuivi le C26A sur une durée très longue alors que leur existence devrait être tenue secrète ?

Un phénomène naturel ?

    Des Scientifiques de l'Université Nationale Autonome de Mexico (UNAM) ont contesté l’existence d’Objets Volants Non Identifiés (ovnis). Selon le physicien nucléaire, Julio Herrera Velazquez, les taches lumineuses s’apparentent à de la foudre en boule, phénomène atmosphérique très rare. Tout comme surgissent des éclairs entre les nuages et le sol, des étincelles électriques émises spontanément par l'atmosphère se manifesteraient entre les nuages sous la forme de bulles ou de sphères incandescentes de gaz ionisé. D’après M. Rafaël Navarrais de l'Institut de Recherches Nucléaires : « les éclairs sont des boules sphériques de gaz ionisé avec baisse densité électrons et des températures supérieures à 30 mille degrés centigrades. Se propageant de manière horizontale, ils sont attirés par des objets métalliques. Ils se désagrègent en les heurtant. »
Cependant les procès-verbaux de récits de foudre en boule décrivent un phénomène de petit diamètre d’une durée très courte (quelques secondes). Ce serait donc la première fois que ce phénomène serait observé dans la haute atmosphère et pendant plusieurs minutes.
A ce jour, rien n’est vraiment établi sur la foudre en boule. De nombreuses questions demeurent. Comment apparaît-elle sur un système infrarouge ou sur un radar ? Quelles sont ses caractéristiques en termes de mouvement et de durée ? De surcroît, comment peut-elle se manifester plus de dix minutes à 11 480 pieds (3,5 kilomètres) d'altitude, se scinder en onze objets et se mouvoir à plus de 200 miles à l'heure (320 kilomètres/heure) tout en demeurant invisible à l’observation humaine ? Comme le précise le physicien Stanley Singer : « Le problème théorique est celui de justifier une structure sphérique qui maintient sa densité en bougeant librement dans les airs pendant quelques secondes, et d'un processus de radiation qui continue pendant la même période de temps. »
Selon Alberto Hernandez Unzon, Directeur du Centre National de Météorologie : «A l'endroit spécifique de l’observation, le 5 mars 2004, ont été relevées des formations nuageuses à 21 000 pieds de hauteur (6 kilomètres), notamment, des stratus dont la présence est courante en cette saison. En l’absence de toute manifestation pluvieuse, notamment d’orage, les conditions météo favorables à l’observation de phénomènes électrostatiques ou électromagnétiques comme la foudre en boule dans le ciel de l’Etat de Campeche ne semblent pas réunies. En réponse à cette objection, des scientifiques ont précisé qu’aucun ballon météo n’était déployé dans la région, ce qui rendrait le diagnostic météorologique pour le moins incertain.

(8) Jaime Maussan

    Journaliste plusieurs fois primé, Jaime Maussan est une sorte de Gourou de l’Ufologie locale, voir sud-américaine. Son palmarès est impressionnant : enquêteur et producteur de l'émission télévisée Tercer Milenio diffusée par Televisa dans le monde ; Producteur du programme radio Jaime Maussan, UFOs and Other Mysteries transmis par XEW Radio et le RASA Network. En outre, Jaime Maussan possèderait une collection de plus de 1000 heures d'ovnis filmés au Mexique.
Jaime Maussan est un dogmatique de l’Ufologie, peu enclin à la contradiction. Comme le rapporte l’un de ses détracteurs : « Si demain quelqu’un déclarait avoir trouvé un ours polaire dans sa maison, Jaime Maussan serait bien capable de déclarer que l’information est irréfutable. » Alors qu’il gagnerait en autorité en conduisant des enquêtes approfondies, il pratique le batelage systématique. Indéniablement populaire, sert-il réellement la cause de l’ufologie ?
Plutôt que de recourir dans l’urgence à Jaime Maussan, le Ministère de la Défense aurait été mieux inspiré en constituant un comité ad hoc rassemblant des scientifiques, des militaires et des personnalités qualifiées. Tenu à l’écart par le Ministère de la Défense, le directeur de l'Institut d'Astronomie, M. José Jésus Franco, avait pourtant fait part de son souhait que la bande vidéo soit analysée par des spécialistes. Il a expliqué que ce type de phénomène doit être traité selon des critères rigoureusement scientifiques. « Un maniement irresponsable de l’information, a-t-il ajouté, loin de dissiper des doutes, augmente et confond à la société ".
De fait, la méthode Maussan est contestable. Selon la transcription de l’interview réalisée auprès de l’équipage, Jaime Maussan ne fait guère preuve de sens critique. Déclarant comme véridique l’observation, du 5 mars 2004, il ne pointe pas les contradictions, les flous.
Son approche n’est pas de nature à renforcer la crédibilité l’ufologie, ce dont elle manque cruellement aujourd’hui. A cet égard, la méthode retenue par le Comité médical international de Lourdes devrait être une source d’inspiration. Plusieurs décennies d’enquête minutieuse et contradictoire sont menées avant qu’un miracle ne soit établi. A Lourdes, par exemple, depuis la dernière apparition de la vierge en 1862, seules 67 guérisons on été reconnues.

Conclusion

    Compte tenu des éléments précités, l’affaire du 5 mars 2004 mérite un nouvel examen approfondi qui associerait cette fois, autour d’une même table, tous les corps de métier impliqués dans l’observation de phénomènes étranges : physiciens, météorologistes, chimistes, militaires (pilotes), diplomates, services de renseignement et ufologues de bonne volonté. C’est au prix d’une démarche rigoureuse, selon un protocole strict, sans dogmatisme aucun, que cette affaire pourrait être véritablement décantée.

François de la Chevalerie, Septembre 2004

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